Comment l’Afrique peut s’inspirer des modèles chinois et indiens ? : Deuxième partie

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L’Inde et la Chine sont devenus en quelques décennies des leaders d’innovation. À quoi cela est-il dû ? Est-ce un miracle ou les fruits d’une planification ? Deuxième partie d’une série d’articles qui tente de voir comment la Chine et L’Inde peuvent être des modèles pour l’Afrique, cet article vous montrera que ces deux géants possèdent des traditions, des habitudes qui les ont aidé à innover plus rapidement et plus efficacement. Puisant dans leurs racines culturelles millénaires, l’Inde et la Chine ont su s’adapter à la compétition économique mondiale. L’Afrique, pourrait-elle s’inspirer pour créer des emplois et de la richesse ?est toute la question. Mais avant, laissez moi vous raconter comment font la Chine et l’Inde.

La Chine pays du guanxi et du shanzhai

Le guanxi : La force du réseau

Selon les auteurs du livre CHINDIAFRIQUE, le premier facteur remarquable dans la communauté des entrepreneurs chinois est le guanxi qui signifie « rendre service à quelqu’un » par le préfixe guan et « xi attacher » par le suffixe xi. Il s’agit d’une sorte d’effet de réseau construit autour des personnes par des relations d’interdépendance informelles. Dans ce genre de réseau, la cooptation des membres, la confidentialité et l’exclusivité sont de mises. L’entrepreneur qui rentre dans le guanxi accède à des informations confidentielles que le commun des mortels ne sait pas et qu’il peut alors utiliser pour développer ses affaires. Dans le guanxi, seul le résultat compte. Le membre doit tout faire pour satisfaire le client. Le plus important, c’est d’honorer sa parole. Pour y arriver, il faut être capable de se débrouiller pour trouver la solution à n’importe quel prix. C’est le deuxième facteur d’innovation chinois : le shanzai.

Le shanzai : L’art de la débrouillardise

La deuxième grande tradition chinoise source d’innovation est connue sous le nom de shanzhai. Le mot est utilisé pour décrire comment les chinois ont commencé à copier les produits occidentaux : montres, voitures, smartphones, etc. Par exemple, dès sa sortie, l’iPhone d’Apple a été cloné en Chine par de nombreuses marques. Au départ, ces copies étaient de faible qualité, mais en les améliorant continuellement, elles sont devenues des smartphones de qualité que le monde entier s’arrache. C’est là où réside la force chinoise, copier d’abord, remonter la chaîne d’innovation et ensuite proposer des produits plus adaptés aux réalités locales et surtout moins chers. C’est ainsi que la Chine est devenue un pays ultraconcurrentiel qui fait peur aux multinationales. La culture chinoise favorise la copie qui est vue comme un moyen d’imiter celui qui excelle avant de le dépasser bien évidemment. Il ne suffit pas de copier, il faut surtout améliorer pour devenir le meilleur. L’Afrique devrait s’en inspirer pour s’industrialiser et créer des emplois.

Inde : la tradition au service de l’innovation

le jugaad : la débrouillardise à l’indienne

En Inde, pour désigner l’art de la débrouillardise, on parle de jugaad. Comme en Chine, le but est de bricoler ou de se débrouiller de toutes les manières possibles pour trouver la solution à un problème quel que soit le niveau de difficulté. L’art du jugaad consiste à s’adapter en innovant. Le jugaad est une combinaison de créativité, de débrouillardise dans un contexte ou les ressources financières, technologiques ne sont pas abondantes exactement comme en Afrique. Les entrepreneurs africains ne pourront que gagner à s’inspirer du jugaad pour créer le plus de valeurs avec le moins de ressources possibles.

Intégrer le bas de la pyramide : Prendre en compte les plus pauvres dans le Business Model

Si vous avez déjà lu des manuels de Business Model, on vous a sûrement dit qu’il faut cibler les gens qui ont suffisamment de moyens pour acheter vos produits. Sauf que dans un environnement où il y a beaucoup de pauvres comme en Inde ou en Afrique, si vous faites ça, pas grand monde ne se bousculera à vos portes. Et c’est la faillite. Il faut donc résoudre l’équation qui semble impossible : Comment tirer parti de ces milliards de consommateurs potentiels, sans attendre que le jeu naturel de la croissance leur donne un pouvoir d’achat digne des classes moyennes occidentales, ce qui prendrait des décennies ? C’est là qu’intervient le concept « Bottom of pyramid », c’est-à-dire intégrer le bas de la pyramide sociale : la classe des plus pauvres. Il s’agit pour l’entrepreneur d’innover à bas-coût, de cibler les classes pauvres qui sont les plus nombreuses. Ceci permet d’élever leur niveau de vie, et donc la richesse économique de l’ensemble du pays.

Innovation managériale

Les indiens ont puisé dans leur culture millénaire pour réinventer même le management et la manière de faire le business. Ainsi, le but d’un entrepreneur n’est pas seulement de s’enrichir, mais de respecter les «quatre buts de la vie » selon la philosophie indienne. L’entrepreneur doit combiner le karma (devoir), l’arthashastra (l’enrichissement), le kama (désir) et la moksha (libération de l’âme), et ne doit pas seulement chercher le profit. Pour l’entrepreneur indien, les salariés font parti des actifs de l’entreprise et non un coût à réduire comme le pensent les Anglo-saxons. Leur devise est «Employee first » et non « Consumer first » ou « Share-holder first» (l’employé d’abord et pas le consommateur ou l’actionnaire). Pourquoi ? Parce que c’est l’employé qui fabrique le produit, c’est lui qui est en contact avec le client et qui sait mieux que le dirigeant les besoins de la clientèle. Par conséquent, pour que le produit soit bien vendu, il faut prendre soin de l’employé. C’est l’une des raisons qui explique le succès des CEO indiens aux USA (dont j’ai parlé ici) car les employés préfèrent leur management à celui des Américains natifs.

Leçon pour l’Afrique ?

Un vieux proverbe africain dit ceci : « C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle. ». Il faut copier bien sûr. Mais il faut surtout adapter la copie aux réalités et conditions locales sinon on ne va pas loin. L’Afrique n’ira à nulle part en se reniant. Au contraire, c’est en puisant dans ses traditions millénaires qu’elle pourra s’en sortir dans cette complétion mondiale sans pitié qu’est le jeu économique. Toute personne qui dit le contraire est au mieux un comédien et au pire un ignorant.

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