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Qui est Gervais Koffi Djondo : fondateur de la banque Ecobank et de la compagnie aérienne Asky

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Gervais Koffi Djondo, le père fondateur de la banque panafricaine Ecobank et de la compagnie aérienne Asky, est considéré aujourd’hui comme l’un des grands hommes qui ont brillé par leur audace ces cinquante dernières années en Afrique. Né à Djondo-Kondji en 1934 dans le Bas-mono au Togo, il a su marquer son temps à travers divers dévouements qui doivent servir de modèle aux jeunes entrepreneurs. Dans cet article, vous découvrirez qui est Koffi Djondo, son parcours, ses réalisations ainsi que les qualités qui lui ont permis d’accomplir tous ce qu’il a pu réaliser.

PARCOURS PROFESSIONNEL

Gervais Koffi Djondo est un homme au parcours professionnel atypique. Après ses études au Bénin, le pays voisin de son pays d’origine, le parangon togolais va se rendre au Niger dans les années 1950 où il deviendra expert-comptable pour le compte de la Régie des chemins de fer du Niger. Il est nommé ensuite Directeur Administratif et Financier de Sotra, une société française de transport grâce à ses aptitudes. Soucieux de la vie des travailleurs nigériens, le haut fonctionnaire adhère au syndicat CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens) pour améliorer les conditions de vie et de travail de ses frères africains. « J’ai découvert la situation déplorable des travailleurs nigériens. Bien que cadre, je me suis inscrit dans un syndicat [CFTC] avec pour objectif d’aider mes frères africains maltraités au sein de l’entreprise » a-t-il expliqué plus tard.

Renvoyé de la société française, il s’inscrit à l’Ecole nationale de la France d’outre-mer, à Paris sur les conseils du président nigérien de l’époque. Suite aux insistances du président togolais Sylvanus Olympio qui demande son exclusion de l’école à cause de l’opposition que subit celui-ci de la part de son oncle Nicolas Djondo, il s’est vu octroyer une bourse par l’État Français. Ce n’est qu’après le coup d’Etat entrainant la mort de Sylvanus Olympio qu’il reviendra à l’école nationale de la France d’outre-mer pour obtenir son diplôme. « Je suis informé du fait que le président Olympio demande avec insistance que je sois exclu de l’Ecole. Ce qui embarrasse les autorités françaises. Je suis reçu par le président de Gaulle qui me rassure et je me vois offrir une bourse. Mais je vais plutôt m’inscrire à l’Institut des sciences sociales du travail. J’y passe un an de 1962 à 1963. Après le coup d’Etat qui entraîne la mort d’Olympio, Nicolas Grunitzky est installé au pouvoir et il obtient mon retour à l’Ecole nationale de la France d’outre-mer. Ce qui me permet d’obtenir mon diplôme », a-t-il fait comprendre. Il est ainsi engagé à un poste au service du personnel de la compagnie aérienne UTA mais n’y demeure pas longtemps car il est sollicité par le nouveau président Nicolas Grunitzky.

Arrivé au Togo, il est nommé Directeur Général de la caisse d’allocations familiales, l’actuelle Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS). Notons que c’est son dévouement qui a entrainé cette société privée placée sous l’Etat à son apogée. Aussi, grâce à son efficacité, le président togolais Gal Gnassingbé Eyadema lui confit la préfecture de Lomé. Il raconta:« Ce militaire  (Gnassingbé Eyadema) que je ne connaissais pas, me convoqua un jour pour m’annoncer qu’il souhaite que je mette de l’ordre dans les services de la préfecture de Lomé. Il me nomme préfet de la capitale, fonction que je cumule avec celle de directeur de CNSS »,

La confiance en l’homme s’agrandit au fur et à mesure qu’il assumait ses responsabilités. C’est ainsi qu’il est nommé ensuite Président du Conseil Economique et Social en 1973. Mais très vite, il abandonne ce poste pour diriger la filiale togolaise d’industrie du groupe français Scoa. En 1975, il est élu président de la chambre de commerce et d’industrie du Togo. Comme tout talentueux, il est sollicité pour être ministre de l’industrie et des sociétés d’Etat en 1985. En 1978, bien avant sa nomination, M. Djondo crée la fédération des chambres de commerce d’Afrique de l’Ouest. La réussite de ce projet va maintenant guider l’ambitieux togolais vers l’entrepreneuriat.

GRAND SUCCES ENTREPRENEURIAL

Après la création de la fédération des chambres de commerce de l’Afrique de l’Ouest qu’il présidait, le togolais Gervais Koffi Djondo rencontre Adeyemi Lawson, président de la chambre de commerce du Nigéria. C’est de cette rencontre que naît le projet « Ecobank », une banque panafricaine devenue l’une des plus grandes d’Afrique». Notons que les deux hommes avaient en commun le désir d’accompagnement des entrepreneurs africains.

Ils prennent les dossiers du projet en main et y réfléchissent pendant un moment. Bien qu’ils se soient confrontés à plusieurs obstacles dont le financement, les deux ambitieux sont arrivés au bout avec abnégation. En effet, le budget du projet s’élevait à 50 millions de dollars. Grâce à 1 200 actionnaires issus de 14 pays, ils atteignent 36 millions de dollars. A cela s’ajoute le refus de collaboration des banques françaises. « Nous nous sommes tournés alors vers Citibank, qui nous a proposé une équipe et en moins d’un an, nous avons monté le projet ». Ecobank nait alors en 1985. En moins de 30 ans, la banque s’est établie sur 33 pays et  emploie plus de 18 000 personnes de 40 nationalités.

Siège Ecobank
Siège du groupe Ecobank à Lomé (Togo) 

Le succès d’Ecobank renforce davantage la confiance en l’homme. C’est ainsi que, suite à la disparition d’Air Afrique, qui était la seule compagnie aérienne dans la zone Afrique francophone dans les année 1990, Koffi Djondo est sollicité pour piloter un projet de la compagnie aérienne panafricaine. En effet, « la disparition d’Air Afrique a été une catastrophe pour l’économie régionale. Pour aller de Lomé à Niamey, il faut prendre la route et vous arrêter à Ouagadougou…Le besoin d’un service aérien existait » a fait comprendre le Togolais. Sur ce, le président de la BCEAO, Charles Konan Banny et Thomas Yayi Boni qui dirigeait la BOAD lui exposent l’idée de la création d’une compagnie aérienne panafricaine. Ce dernier est resté indifférent aux multiples sollicitations un bon temps avant de prendre les dossiers et les étudier : « Il est revenu à la charge plusieurs fois et m’a laissé le dossier. Je me suis plongé dans les détails et j’ai vu qu’ils voulaient refaire Air Afrique, c’est-à-dire une compagnie francophone. J’ai décidé de tout revoir et d’élargir le projet aux anglophones » explique Koffi Djondo lors d’une interview.

L’homme d’affaires togolais crée ainsi, comme pour Ecobank, une société de promotion pour la compagnie régionale en impliquant plusieurs institutions bancaires : Ecobank, BOAD, BIDC, etc. Le capital de la compagnie s’élevait à 60 milliards de francs CFA. 25 milliards seront libérés au début des activités. En ce qui concerne le partenariat, Ethiopian Airline est désignée comme partenaire technique et détient 25% des parts de l’entreprise. Asky Airlines voit le jour le 15 janvier 2010. Trois ans seulement après, l’entreprise devient une très célèbre compagnie aérienne dans la sous-région. Déjà, elle couvre 22 destinations dans 19 pays et a un taux de remplissage de 75 à 80%. 7 ans environ après, la compagnie a déjà transporté près de 3 millions de passagers.

LES QUALITES DE DJONDO

Le panafricanisme : on reconnait à M. Djondo l’esprit du panafricanisme. Depuis son entrée dans la vie active jusqu’aujourd’hui, le togolais ne cesse de témoigner son intégration panafricaine. Notons que bien que haut fonctionnaire de Sotra au Niger dans les années 50, la légende togolaise adhère au syndicat CFTC avec pour objectif d’améliorer les conditions de vie et de travail de ses frères africains. Ce qui lui conduira au licenciement. Par ailleurs, dans les initiatives entrepreneuriales, celui-ci ne cessera jamais de se rappeler de ses frères. Notons que pour ses plus grands succès à savoir Ecobank et Asky Airlines, en passant par la Fédération des chambres de commerce et d’Afrique de l’ouest, l’octogénaire étend toujours ses projets sur toute l’Afrique. La plus grande des initiatives panafricaines de Koffi Djondo est la ‘’Bourse Djondo’’ destinée à soutenir aussi bien financièrement que matériellement les jeunes entrepreneurs africains.

La rigueur : ce qui fait la qualité de M. Djondo, c’est bien la rigueur. Non seulement il est déterminé dans tout ce qu’il fait, mais aussi il y est très rigoureux. Depuis le Niger jusqu’à Asky Airlines, on reconnait en l’homme cette qualité. Mais, c’est surtout l’application de cette dernière dans la CNSS qui le fera émerger. En effet, dans cette société, le rigoriste est allé jusqu’à installer une horloge pointeuse pour faire respecter la ponctualité au service. « J’avais installé une pointeuse [horloge permettant de marquer l’arrivée des salariés], la première du pays dans le secteur parapublic. Dans mes services, j’avais l’épouse du vice-président et des femmes de ministres. Pointer l’heure posait problème. On m’a interpellé à ce sujet. J’ai répondu que, même moi, je pointais tous les jours. À l’époque, les militaires s’amusaient dans les entreprises, ils obligeaient les gens à recruter leurs maîtresses. Chez moi, non. Ces pratiques ne passaient pas et je l’ai clairement signifié en déclarant à ces messieurs : venez m’arrêter si vous voulez ». a-t-il expliqué.

L’Impact : tout homme célèbre doit être impactant. Les multiples valeurs de l’entrepreneur légendaire Gervais Koffi Djondo, en sont à titre illustratif. Celui-ci a reçu plusieurs prix témoignant sa célébrité à l’échelle internationale. Parmi ces prix, on peut citer : Commandeur de l’ordre national du Bénin en 2012, Lifetime Archivement Award de l’ONU en 2013, Meilleure entreprise africaine de l’année pour Asky au Africa CEO Forum en 2014, nommé dans la liste des « 100 qui ont fait bouger l’Afrique en 2015 » par Financial Afrik, nommé dans la liste des « 100 qui transforment l’Afrique en 2016 » par Financial Afrik, Grand officier de l’ordre du Mono (Ordre honorifique togolais) en 2016, Prix de la créativité et de l’excellence des African Archivers Awards toujours en 2016 et Prix spécial de l’initiative AfroChampions. C’est au cours de ce dernier que le devenu légende d’Afrique annonce sa « Bourse Djondo » qui va aider les jeunes entrepreneurs africains sur plusieurs plans.

Pour finir sans toutefois terminer, on peut sans doute dire que le plus célèbre des hommes d’affaires togolais Gervais Koffi Djondo a tout essayé et tout réussi. Par sa rigueur, son dévouement, son esprit panafricain, sa détermination et bien d’autre, il a révolutionné le monde africain aussi bien sur le plan économique que matériel. Une réussite qui peut d’ailleurs le faire inscrire parmi les grands entrepreneurs du monde. Si vous voulez connaître en détail son parcours inspirant, je vous conseille ses mémoires « L’Afrique d’abord » parues aux éditions Présence Africaine.

 

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