L’actualité financière de la zone UMOA est marquée par la clôture d’une transaction d’envergure portant sur la mobilisation de capitaux destinés aux infrastructures énergétiques. La société Poro Power 1 S.A. a finalisé avec succès une levée de fonds de 42,65 milliards de FCFA, une opération structurée par la banque d’affaires Genesis Capital. Ce montage financier s’inscrit dans une dynamique de modernisation des mécanismes de financement de la transition énergétique en Afrique de l’Ouest, en s’appuyant sur des instruments financiers jusque-là peu utilisés par le secteur privé régional.
Le bouclage de cette émission obligataire est l’aboutissement d’un processus de structuration étalé sur plusieurs années, initié par les promoteurs de Poro Power 1 pour répondre aux besoins de financement du secteur solaire. Le projet a nécessité la mise en place d’un dossier technique et financier conforme aux standards de l’Autorité des Marchés Financiers de l’UMOA (AMF-UMOA). Cette phase de préparation a permis d’obtenir le visa n° EOP/25-03, indispensable pour lancer l’appel public à l’épargne sur le marché financier régional. La rigueur de la structuration a été un facteur déterminant pour obtenir l’adhésion des investisseurs institutionnels dans un secteur souvent perçu comme complexe.
Le mécanisme du Green Bond et la structuration financière
Le parcours financier de cette opération repose sur l’émission d’un « Green Bond » ou obligation verte, totalisant environ 65 millions d’euros. Sous la supervision de William Turkson et Charles Kié, dirigeants de Genesis Capital, cette émission a été conçue pour attirer exclusivement des capitaux régionaux, démontrant ainsi la liquidité disponible au sein de l’espace UMOA. L’originalité technique réside dans le fait qu’il s’agit du premier titre de créance vert émis par un opérateur énergétique privé dans la région. Ce mécanisme garantit que les fonds levés sont strictement affectés à des actifs ayant un impact environnemental positif et certifié.

Les fonds mobilisés par Genesis Capital sont directement alloués au développement de la centrale solaire photovoltaïque de Korhogo. Sur le plan technique, l’infrastructure prévoit une puissance installée de 66 MWc, ce qui en fait l’unité de production privée la plus importante de Côte d’Ivoire. Les projections indiquent une capacité d’approvisionnement pour 400 000 foyers, couplée à une réduction annuelle des émissions de dioxyde de carbone estimée à 70 000 tonnes. L’aspect contractuel est sécurisé par un contrat d’achat d’électricité (PPA) signé avec l’État ivoirien pour une période ferme de vingt-cinq ans, assurant ainsi le service de la dette obligataire sur toute la durée de l’emprunt.
L’un des principaux enjeux techniques de cette levée de fonds a été la gestion du risque de crédit associé à une entité privée pour un montant aussi significatif. L’opération a bénéficié d’un signal fort avec la première participation directe de l’Africa Finance Corporation (AFC) sur le marché financier de l’UMOA. Cette intervention institutionnelle a permis de lever les dernières barrières psychologiques des souscripteurs locaux concernant le financement des infrastructures par appel public à l’épargne. Le succès de cette transaction crée un précédent méthodologique pour les futurs entrepreneurs du secteur de l’énergie souhaitant solliciter les marchés de capitaux régionaux.
Bilan et portée de la reconnaissance régionale
La réussite de cette émission de 42,65 milliards de FCFA est désormais répertoriée comme une triple référence historique pour le marché financier régional : première émission verte privée, premier financement d’infrastructure par appel public à l’épargne et consécration d’un montage financier intégralement réalisé par une banque d’affaires locale. Cette opération valide la pertinence du modèle de Project Finance appliqué aux énergies renouvelables en Afrique francophone. Elle confirme également que les mécanismes de garantie et de régulation en vigueur permettent désormais de mobiliser des ressources longues pour des actifs industriels stratégiques.
En conclusion, les données relatives à l’opération Poro Power 1 démontrent que le marché financier de l’UMOA dispose de la maturité nécessaire pour porter des projets d’envergure nationale. La capacité de Genesis Capital à structurer un produit financier complexe et à attirer des investisseurs régionaux pour un montant de 42,65 milliards de FCFA atteste de l’évolution des circuits de financement en Afrique de l’Ouest. Ce modèle de financement participatif et institutionnel marque une étape concrète dans l’évolution des infrastructures énergétiques locales, en substituant progressivement les flux de capitaux internes aux financements extérieurs traditionnels.





