Comment l’Afrique peut s’inspirer des modèles chinois et indiens ? : Première partie

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L’Afrique, l’Inde et la Chine seront les géants du monde de demain. On estime que chacun de ces géants comptera 1,5 milliard de personnes en 2030. Conséquence de cette démographie de masse, ces trois mastodontes doivent à tout prix créer des millions d’emplois pour occuper leur population. Et une des solutions de cette équation passe par l’entrepreneuriat. Mais cela n’est pas si facile que ça.

En effet, si au jeu de la création de richesse et donc d’emplois de masse, l’Inde et la Chine s’en sortent avec plus ou moins de réussite, le cas de notre mère Afrique est plus préoccupant. Nous détenons le triste record des jeunes qui sortent des universités bardés de diplômes aux noms fanfaronnants, mais dont les compétences réelles sont obsolètes. Résultat : des millions de jeunes diplômés sont sans emploi en Afrique.

Alors la question qui se pose est celle-ci : « En matière de création de richesse, qu’est-ce que les indiens et les chinois ont compris et que les africains n’ont pas compris ? ». Le but donc de cet article est de montrer quelques exemples des stratégies utilisées par les entrepreneurs indiens et chinois et qui pourraient inspirer leurs homologues africains pour produire de la richesse. Seul moyen de lutter contre le chômage de masse. Mais d’abord voyons ce que les entrepreneurs de ces trois géants demain possèdent en commun.

Qu’ont en commun les entrepreneurs d’Afrique, d’Inde et de Chine ?

Les entrepreneurs de ces 3 entités possèdent un atout majeur. Lequel ? Un marché de masse même s’il est pour l’instant sous exploité en Afrique pour diverses raisons. De plus, en Afrique, ce marché est très jeune et donc est âge plus que jamais de consommer. Les entrepreneurs africains doivent juste trouver des idées novatrices pour pouvoir exploiter cette manne démographique. C’est ce qu’on appelle la rente d’innovation. Toutefois, tout n’est pas rose. À des degrés divers et surtout en Afrique, ces entrepreneurs font face à plusieurs défis : une rareté criante du capital financier, technologique et de main d’œuvre qualifiée.

Et pourtant, paradoxalement, selon les auteurs du livre CHINDIAFRIQUE, ce sont ces contraintes qui représentent les atouts des entreprises indiennes, chinoises et africaines. D’une certaine manière, les contraintes extrêmes auxquelles elles sont confrontées les forcent à innover pour survivre. Sinon, il n y a pas trente-six solutions : c’est la mort. Nous allons voir l’exemple de l’Inde et de la Chine où les entrepreneurs au moment du décollage économique de ces pays ont dû inventer un nouveau Business Model : le Business Model de la frugalité. En français facile, frugal se traduit par simple, mais efficace. Dans les prochaines lignes, vous allez découvrir pourquoi ce mot a servi à désigner le Business Model utilisé par les entrepreneurs indiens et chinois.

Le low cost high quality et l’innovation inverse

Habituellement, quand le reste du monde cherche à copier les industriels occidentaux, ils cherchent juste à répliquer les mêmes produits, mais en réduisant les coûts. Les indiens eux ont été malins. Ils ont inversé et adapté ce système. Au lieu de copier sans réfléchir des produits qui ne sont pas adpatés aux réalités indiennes, ils analysent les besoins et les contraintes de leur propre population. Ensuite, en s’inspirant des produits occidentaux, ils développent des technologies à bas coûts qui s’imposent évidemment dans leur pays puisqu’elles sont adaptées aux réalités locales. Puis, ces mêmes technologies à bas coûts iront concurrencer les produits occidentaux ailleurs dans le monde. Ce système s’appelle le reverse innovation et ça fonctionne plutôt bien.

C’est ainsi que des laboratoires indiens arrivent à sortir des électrocardiogrammes de 1000 euros là où pour les mêmes fonctionnalités, un appareil occidental coûterait le double au moins. Grâce à cela, faire un électrocardiogramme coûte à un indien 1 euros (657 F CFA). Un autre exemple emblématique est celui du filtre à eau fabriqué par le géant industriel indien Tata. Voulant lutter contre la mauvaise qualité de l’eau dans certaines régions d’Inde, Tata a innové. Comment ? Au lieu de recopier les autres, elle a juste créé un filtre qui utilise des balles de riz décortiqués très abondant en Asie et en Afrique.

Des exemples comme ceux-là, il en existe plein en Inde. Cependant, ils manquent en Afrique. Et si les industriels africains s’inspiraient du reverse innovation ? Où sont ces industriels africains qui adapteront les innovations copiées ailleurs pour les adapter aux réalités africaines pour faciliter la vie à nos populations ? Peut-être est-ce vous qui me lisez en ce moment ?

Comment innover à bas coûts : Exemple de l’Inde

En étudiant les stratégies employées par les entreprises indiennes et chinoises, les auteurs de l’œuvre CHINDIAFRIQUE ont ressorti trois méthodes utilisées. Les entrepreneurs et industriels africains pourraient s’en inspirer. Dans cet article, je vous en liste 2.

Utilisation des produits existants

Il s’agit pour les entrepreneurs de faire preuve d’imagination afin de connecter des produits déjà existants. L’objectif est de créer une nouvelle fonctionnalité au lieu de perdre du temps et de l’argent à fabriquer un nouveau produit. Le groupe Tata, toujours lui, a par exemple utilisé les téléviseurs pour connecter les utilisateurs à Internet en passant par les téléphonies mobiles vendues par sa branche télécom. Ainsi, pour une partie de la population qui n’a pas accès à Internet, la combinaison du mobile et du téléviseur permet d’accéder à Internet. Sans cela, il aurait fallu attendre la démocratisation des smartphones et des ordinateurs personnels pour que ces gens aient accès à Internet. La même stratégie pourrait être déployée en Afrique.

Le fordisme à l’échelle du milliard

Les indiens et les chinois ont su profiter de leur démographie importante pour remettre au goût du jour la production de masse. Quiconque a visité la Chine a dû ressentir un frisson face au gigantisme des chinois. Là-bas, ils ont construit des villes-usines remplis d’ouvriers qui produisent à une cadence de fous. Cette production de masse permet ensuite à la Chine d’abaisser les coûts de production et de transport lui permettant de devenir l’usine du monde que personne d’autre ne peut concurrencer.

Pour le cas de l’Inde, l’industrialisation de masse s’est appliquée à d’autres domaines. Ainsi, ce sont les services aux entreprises : développement de logiciel, relations de clientèles qui ont été envahis. Des milliers de centres informatiques sont ainsi sortis de terre en Inde. Les clients sont des entreprises occidentales. Elles envoient en Inde les informations issues de leur diagnostic qui sont ensuite analysées par les équipes informatiques indiennes. En procédant ainsi, l’Inde a pu devenir un géant de l’informatique proposant des prix imbattables pour des services informatiques. Ses entreprises réalisent même des marges allant jusqu’à 30 % du chiffre d’affaires. Il s’agit d’une industrialisation à distance des services. Les profits réalisés sont ensuite réinvestis pour construire de nouveaux centres de traitement informatique et des centres de formation. Ce n’est par hasard que les CEO de plusieurs multinationales comme Google ou Microsoft sont tous des indiens. Pourquoi ne faisons-nous pas la même chose en Afrique ? Réfléchissez-y !

L’Afrique doit copier l’Inde et la Chine

En matière de création des richesses, Chine et Inde ont montré la voie aux africains. Copier, oui ! Mais copier et coller bêtement non ! Plutôt copier, adapter aux réalités locales. Industrialiser en masse à l’ancienne (les usines) ou industrialiser les services informatiques. L’Afrique, saura-t-elle faire la même chose ? Le temps nous le dira.

Quoi qu’il en soit, désormais, l’Afrique du 21ème siècle doit créer en masse les entreprises et les industries capables d’embaucher des milliers de personnes. Comment ? Par l’acquisition de compétences qui nous permettront de former en masse et en qualité des entrepreneurs, des industriels, des ingénieurs, des scientifique pour être au rendez-vous de l’innovation technologique. Ce n’est qu’à ce prix que nous pouvons devenir des africains capables de résoudre les problèmes du continent.

Cet article n’est pas fini, il devient déjà trop long, Dans la Partie 2, je vous parlerai des racines culturelles de l’innovation en Inde et en Chine et nous verrons ensemble comment l’Afrique pourrait s’en inspirer.

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